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Histoire de Mulhouse
MULHOUSE MÜLINHUSON MÜLINHAUSEN
Quand la légende se confond avec la réalité Le site
de Mulhouse, marécageux et à l'écart des voies de communications
qui parcourent la Haute Alsace depuis l'époque romaine, ne prédisposait
pas à l'établissement d'une ville importante.
Alors que bien des villes d'Alsace et de la vallée du Rhin, comme
Strasbourg ou Bâle, ont une origine romaine, Mulhouse n'apparaît
qu'à la fin du haut Moyen Age.
Les premiers textes qui font mention de la ville en 803 et 823 attestent
l'existence de propriétés situées à Mulhouse
appartenant à l'abbaye de Fulda et à celle de Masevaux .
Un autre texte de 1003, vraisemblablement un faux fabriqué par la
suite, fait également état de propriétés appartenant
à l'abbaye Saint-Etienne de Strasbourg.
La légende, quant à elle, veut que Mulhouse
ait été fondée autour d'un moulin à l'époque
franque, d'où le nom de la ville :Mülinhuson: ou :Mülinhausen:
, que l'on trouve dans les textes les plus anciens, et la roue du moulin
qui figure dans les armoiries de la ville.
La toponymie confirme l'existence d'un moulin entraîné par
la force hydraulique, comme le montre les armoiries de la ville.
Mulhouse s'est donc vraisemblablement développée autour d'un
moulin situé sur les bords de l'Ill il y a plus de mille ans. Les
fouilles archéologiques effectuées en 1991 place de la Réunion
confirment aujourd'hui cette hypothèse et nous renseignent sur le
développement initial de Mulhouse. Ces fouilles mettent en évidence
à cet emplacement une aire d'inhumation datant du IX-Xe siècle
liée à un habitat rural. Entre 940 et 1006, on y établit
une chapelle devant laquelle s'étend un véritable cimetière,
ce qui atteste l'existence d'une communauté déjà bien
organisée. Aux alentours de l'an mille, à l'époque
ottonienne, cette chapelle est agrandie sur deux côtés pour
en faire un véritable lieu de culte qui porte peut-être déjà
le nom de Saint-Etienne, rappelant ainsi l'époque où Mulhouse
dépendait en partie de l'abbaye Saint-Etienne de Strasbourg. A la
même époque, en 1003, l'évêque de Strasbourg,
en vertu d'une disposition de l'empereur Henri II, obtient l'administration
des biens que cette abbaye possède à Mulhouse.
Le domaine épiscopal va rapidement connaître une grande extension
et, pour affirmer son autorité, l'évêque fait reconstruire
l'église dans le courant du deuxième tiers du XIe siècle.
Cette nouvelle église, qui atteste la transformation de Mulhouse
en paroisse, est pourvue d'une puissante tour qui apparaît ainsi comme
le symbole du pouvoir de l'évêque de Strasbourg sur une paroisse
enclavée dans le diocèse de Bâle. Au XIIe siècle,
tous les autres propriétaires fonciers de Mulhouse sont évincés,
sauf la famille des Hohenstaufen, dont l'origine de la propriété
est inconnue. Rien ne prédisposait alors Mulhouse à devenir
une ville d'importance.
Ni le site, ni la localisation géographique, ni l'activité
des habitants, et Mulhouse aurait pu demeurer une localité agricole
à l'instar des ses voisines.
La volonté de ses habitants, leur esprit d'entreprise, leur dynamisme
et leur esprit d'indépendance vont faire de cette petite bourgade
une ville singulière à nulle autre pareille. LA NAISSANCE
D'UNE VILLE Le développement de Mulhouse, commencé sous l'autorité
des évêques de Strasbourg, connaît une évolution
décisive grâce à l'intervention des Hohenstaufen, qui
vont en faire une véritable ville.
L'empereur Frédéric Ier Barberousse (1152 - 1190) va jouer
un rôle essentiel dans ce processus. Pour asseoir son autorité,
il doit relier entre elles ses différentes possessions en Bourgogne,
en Franche-Comté d'un côté, en Souabe et en Alsace de
l'autre. Mulhouse, située entre terre d'empire à mi-chemin
entre ses différentes possessions, devient de ce fait une position
stratégique d'importance, étape et relais permettant de contrôler
la route reliant la Souabe et la Bourgogne. Frédéric Barberousse
se fait alors donner en fief les biens que l'évêque de Strasbourg
possédait à Mulhouse.
Devenant ainsi le seul seigneur de Mulhouse, l'empereur va
favoriser son développement à partir de deux noyaux pré-urbains
existant jusqu'alors : l'un autour de la chapelle Saint-Jean, appelée
par la suite Oberstadt, l'autre autour de l'église paroissiale Saint-Etienne,
appelée improprement Understadt, car la terrasse sur laquelle se
développe cette partie de la ville est en réalité plus
élevée que l'Oberstadt !
Les fouilles réalisées en 1991 remettent également
en cause toutes les hypothèses qui font de l'Oberstadt le' noyau
primitif de la ville.
Ces fouilles font clairement apparaître, dès l'an mille, l'importance
de ce noyau urbain où l'on trouve le cimetière avec sa chapelle,
puis la première église paroissiale.
C'est donc tout naturellement à cet emplacement que Frédéric
Ier Barberousse, qui séjourne au moins à duex reprises à
Mulhouse en 1153 et 1186, développe le noyau de ce qui doit devenir
une " ville-étape " impériale. Les dernières
fouilles permettent d'ailleurs d'établir que l'église Saint-Etienne
est agrandie à deux reprises au milieu et à la fin du XIIe
siècle.Ces travaux, qui correspondent au séjour de l'empereur
à Mulhouse, témoignent de l'essor démographique de
la ville à cette époque. Ils permettent également de
conforter l'hypothèse qui attribue à Frédéric
Ier Barberousse le lotissement de l'espace urbain autour de l'actuelle place
de la Réunion, où il établit un marché doté
d'une halle de marchands ou Wateschale qui sert également de maison
commune, située en bordure de cimetière.
Dès cette époque, les artisans et marchands
se regroupent par métiers dans les rues aux alentours de la place,
dont certains noms subsistent jusqu'à nos jours : Kramgasse (rue
Mercière), Schmiedgasse (rue des Maréchaux), Gervergasse (rue
des Tanneurs) La cité marchande méthodiquement crée
par l'empereur obtient également le droit de juger les contestations
s'élevant entre les vendeurs et leurs clients, le droit d'exercer
la police du marché et d'assurer la sécurité de tous
ceux qui s'y rendent. L'empereur Frédéric Ier disparaît
en 1190 lors de la troisième croisade sans avoir pu faire de Mulhouse
une véritable ville dotée d'une charte de franchises urbaines.
Après sa mort, des dissensions éclatent entre
les Hohenstaufen et les évêques de Strasbourg, qui récupèrent
pour un temps leurs possessions mulhousiennes. Au début du XIIIe
siècle, Frédéric II, le petit-fils de Barberousse,
qui considère l'Alsace " comme sa plus chère possession
", va s'efforcer de récupérer ses droits et d'asseoir
son autorité sur la région en la couvrant de villes fortifiées.
Cette tâche est confiée à Woelflin, le Schultheiss (prévôt)
de Haguenau. Sélestat en 1217, Molsheim en 1219, Colmar en 1220 deviennent
ainsi les points d'appui fortifiés sur lesquels repose la puissance
impériale.
En 1222 les partisans de Frédéric II s'emparent à leur
tour de Mulhouse, qui est immédiatement dotée d'une première
enceinte vraisemblablement peu élevée, doublée d'un
fossé mis en eau grâce à la déviation de l'Ill.
Mulhouse devient ainsi une véritable ville, qui de haut de ses remparts
domine le plat pays environnant. Ville de fait, Mulhouse le devient en droit
peu après grâce aux avantages que l'empereur lui accorde en
toute illégitimité en la dotant de certains privilèges
et d'un conseil de bourgeois.
Ce n'est qu'en 1236 que cette situation est enfin ratifiée par l'empereur
et l'évêque de Strasbourg, mis devant le fait accompli.
Mulhouse devient par ce traité une ville royale, mais l'évêque
de Strasbourg en reste le seigneur et la confie à Frédéric
II, à titre héréditaire. Le statut ainsi créé
est ambigu, car la ville relève à titre privé de l'empereur
qui, en sa qualité de seigneur territorial, tient un fief de l'évêque
qui peut le reprendre sous certaines conditions, ce qui ne tarde pas à
arriver, car la dynastie des Hohenstaufen disparaît rapidement et
l'évêque récupère son fief mulhousien dès
1255 tout en garantissant les libertés acquises par les Mulhousiens.
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