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Un ministre français attendu aux festivités du 1er janvier 2008
Une première dans l'histoire des relations franco-haïtiennes
Le secrétaire d'État français chargé de la Coopération et de la Francophonie, M. Jean-Marie Bockel, est attendu en Haïti à l'occasion de la fête nationale de l'indépendance, le 1er janvier 2008. Une grande première depuis la proclamation de l'Indépendance nationale le 1er janvier 1804.
Dans un entretien exclusif accordé au Matin, représenté par son collaborateur, le journaliste Abel Descollines, le secrétaire d'État français a expliqué le sens de sa présence à la cérémonie commémorative du 1er janvier. Entre autres objectifs, il a annoncé la signature d'un << Document cadre de partenariat >> avec le gouvernement haïtien.
M. Jean-Marie Bockel s'est également exprimé sur la situation actuelle d'Haïti.
LM. C'est la première fois depuis 1804 qu'un ministre français assiste à la fête nationale de l'Indépendance haïtienne. Com ment peut-on interpréter ce geste de la part de la France ?
JMB. Un geste hautement symbolique, puisque le choix du 1er janvier comme fête nationale commémore la proclamation de l'Indépendance et la fin de la colonisation française. Le moment est venu d'une appréhension sereine de ces événements, par-delà les polémiques qui ne peuvent être que stériles. Nous avons compris, nous autres Français, que la Révolution haïtienne ne s'est pas faite contre la France, mais contre la France coloniale, au nom même des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité qui étaient celles de la Révolution française et des Lumières qui l'inspirèrent. Tel sera le sens de ma présence le 1er janvier au Gonaïves, aux côtés du président Préval et du gouvernement haïtien.
Ma présence témoignera également de l'espoir et de la conviction, qui est celle du président Sarkozy et que je partage avec tous les membres du gouvernement auquel j'appartiens, que la République d'Haïti renoue aujourd'hui avec son inspiration fondatrice et s'engage résolument dans la construction d'une démocratie enfin apaisée. J'en suis convaincu, Haïti est entrée dans une phase nouvelle et dans une période décisive de sa déjà longue et très riche histoire.
Par ma présence le 1er janvier, j'entends rendre hommage au président Préval et au gouvernement, qui conduisent une politique d'apaisement; j'entends rendre hommage à l'ensemble de la classe politique, à la société civile, aux milieux d'affaires, qui ont choisi d'adopter une attitude constructive; j'entends rendre hommage à la maturité du peuple haïtien.
LM. Pourtant, les Français ne savent pas grand-chose d'Haïti. Cela ne vous paraît-il pas anormal ?
JMB. Ils ne savent pas grand-chose d'Haïti [...] Il y a eu tellement de temps troublés en Haïti et les Français ont plutôt suivi parfois avec étonnement, parfois avec tristesse, toutes ces vicissitudes politiques que vous avez traversées pendant quand même des décennies. Ceci, à mon avis, explique cela. Je peux donner un autre exemple. Ces problèmes n'ont pas favorisé le tourisme haïtien. Or, les Français comme d'ailleurs d'autres pays européens connaissent mieux un pays en entendant parler lorsque celui-ci s'ouvre au tourisme, même lorsque eux-mêmes n'y sont pas allés. Il y a un certain nombre de pays de la Caraïbe, qu'il s'agisse des départements français d'outre-mer ou des pays de la région, où le tourisme a été possible et dont les Français, même quand ils n'y sont pas allés eux-mêmes, en ont entendu parler. Ils ont vu des reportages, des choses qui n'étaient pas que l'actualité parfois tragique. Les Français ne connaissent pas la beauté d'Haïti. Ils ne connaissent pas son potentiel touristique d'accueil qui est d'ailleurs un élément important de son développement...
LM. Comment la France peut-elle accompagner les efforts des autorités haïtiennes actuelles pour aider à rehausser l'image du pays à l'étranger ?
JMB. Votre image, elle dépend de vous. Vous êtes un peuple émancipé qui aujourd'hui fait des efforts salués par tous. Nous, on ne pourra que relayer ce que nous voyons, ce que nous entendons [...] Je pense qu'il s'agirait, si je peux donner un avis extérieur, d'inventer un <<tourisme de qualité >>. Quand je dis qualité, cela ne veut pas dire forcément luxe. Évidemment, cela passe par des investissements qu'il faut favoriser, et là , on peut être à vos côtés. Nous avons en matière touristique [...] un grand savoir-faire.
LM. Outre votre présence à la cérémonie commémorative de la fête nationale du 1er janvier, que peut-on attendre de cette visite ?
JMB. Je viens également pour signer avec le gouvernement haïtien un <<Document cadre de partenariat >>. Ce document est ambitieux. Il correspond en principe aux attentes du gouvernement haïtien. Nous avons été à l'écoute, sur place, vient maintenant le temps de l'action et de la matérialisation de ce dialogue avec le gouvernement. Le DCP prévoit une enveloppe, à la hausse par rapport aux années passées, de 143 à 168 millions d'euros. Le <<Document cadre de partenariat>> précise les grandes orientations de notre coopération pour les cinq années à venir et, afin d'éviter les dangers de la dispersion et d'atteindre dans les secteurs d'intervention retenus <<un seuil critique>> au- dessous duquel il n'est pas d'efficacité, il retient un nombre limité de priorités : aide à la restauration de l'État (avec quatre volets principaux: déconcentration et décentralisation, police, justice, parlement), éducation, (français, promotion de la diversité culturelle), infrastructures ( route, eau, déchets urbains), sans s'interdire d'explorer de nouvelles problématiques essentielles (la lutte contre l'immigration clandestine, le codéveloppement) et sans négliger, bien entendu, les domaines d'excellence traditionnels de notre coopération (développement, santé, etc.).
LM. Il semble que la France veuille davantage privilégier << La Coopération décentralisée >> dans ses rapports avec Haïti. Est-ce à votre avis un axe suffisant pour accompagner ce pays sur la voie du développement ?
JMB. Non ce n'est pas suffisant, mais c'est un axe complémentaire. L'ayant pratiquée comme maire de Mulhouse, je connais les potentialités de la coopération décentralisée. Nos villes, départements, régions peuvent, si je puis dire, porter la coopération dans les régions les plus reculées et les plus défavorisées d'Haïti. La coopération décentralisée peut, plus facilement que l'État, agir dans la durée. Elle permet de tisser des liens humains irremplaçables et essentiels au développement, qui est avant tout affaire de ressources humaines. Elle est une école de la démocratie. C'est pourquoi je me réjouis de constater que, depuis quelques mois, un souffle nouveau anime la coopération décentralisée entre la France et Haïti. Encouragées par l'amélioration de la situation en Haïti, trois régions importantes s'y engagent (Ile de France, Aquitaine, Loire Atlantique), mais aussi des communes moyennes (Ambès avec Anse d'Hainault) ou petites (Saint Lys- 8000 habitants avec Saint-Louis du Sud), tandis que les villes, départements et régions traditionnellement actifs en Haïti le sont plus que jamais : les Hauts de Seine, Suresnes, la Savoie, Nantes, et bien entendu la Guadeloupe et la Martinique, voire la Guyane.
LM. A contrario, il y a très peu d'entreprises françaises en Haïti ?
JMB. Les entreprises françaises commencent également à tourner de nouveau leurs regards vers Haïti. Je les y encourage, même si, vous le savez, l'État ne peut plus intervenir comme il le faisait autrefois dans la vie des entreprises. Deux de nos plus grandes sociétés, Total et Air France, qui n'ont jamais quitté Haïti, augmentent leur activité. Depuis l'été, deux missions d'hommes d'affaires guadeloupéens et une mission martiniquaise ont été s'informer sur place. De nombreux projets font l'objet de discussions.
LM. Depuis la visite à Port-au-Prince de votre collègue, la secrétaire d'État, Rama Yade, on évoque l'éventualité d'une visite du président Sarkozy en Haïti. Cette question a-t-elle déjà été évoquée avec le chef de l'État français ?
JMB. Si j'ai des choses à dire là dessus, je les dirai directement au président Préval
LM. Monsieur le ministre, Haïti reste théoriquement la première population francophone des Amériques. Cependant, plus d'un estime qu'elle a un rôle très marginal au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Qu'en pensez-vous ?
JMB. Vous savez, c'est toujours la même histoire. Si pendant quelques années Haïti confirme la nouvelle direction qu'elle s'est donnée : paix civile, stabilité, développement [...], elle pourra peu à peu s'investir dans des instances où elle a plus que son rôle à jouer. Mais on peut comprendre que, pendant toutes ces années de crises et de problèmes majeurs, le pays à ce point déstabilisé n'ait pas assuré une très grande présence dans des instances internationales dont l'OIF au sein de laquelle il aurait complètement sa place. Le moment est venu que les choses changent. En tout cas, nous la France, en tant que membre de l'OIF, c'est ce que nous demandons, c'est ce que nous souhaitons. Je suis sûr que le secrétaire général de l'OIF, le président Abdou Diouf, partage ce point de vue.
LM. La France prendra, dès le mois de juillet 2008, la présidence tournante de l'UE. Il est évident qu'entre autres priorités, l'Afrique sera au centre des débats. Cette présidence française de l'UE, Monsieur le ministre, pourra-t-elle avoir un impact positif en faveur du développement d'Haïti ?
JMB. Franchement oui ! Je vais être amené à animer les politiques de coopération européenne dans un contexte d'ailleurs où la France contribue à hauteur de 24 % à la totalité du FED (Fonds européens de développement). Il est évident que, dans un tel contexte, nous allons nous intéresser à la gouvernance. Le thème des << Journées européennes du développement >>, qui se dérouleront en 2008 à Strasbourg, sera la gouvernance, et notamment la gouvernance locale. Donc, c'est dire que nous aurons un regard attentif sur les pays qui font les efforts les plus marquants en matière de gouvernance, et c'est le cas d'Haïti.
Propos recueillis par Abel Descollines (Collaboration spéciale)
LE MATIN du 27 décembre 2007
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