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 Sujet du message: Une première dans l'histoire des relations franco-haïtiennes
 Message Posté: 28 Déc 2007 17:20 
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Localisation: Mulhouse
Un ministre français attendu aux festivités du 1er janvier 2008


Une première dans l'histoire des relations franco-haïtiennes


Le secrétaire d'État français chargé de la Coopération et de la
Francophonie, M. Jean-Marie Bockel, est attendu en Haïti à l'occasion
de la fête nationale de l'indépendance, le 1er janvier 2008. Une
grande première depuis la proclamation de l'Indépendance nationale le
1er janvier 1804.


Dans un entretien exclusif accordé au Matin, représenté par son
collaborateur, le journaliste Abel Descollines, le secrétaire d'État
français a expliqué le sens de sa présence à la cérémonie
commémorative du 1er janvier. Entre autres objectifs, il a annoncé la
signature d'un << Document cadre de partenariat >> avec le gouvernement
haïtien.


M. Jean-Marie Bockel s'est également exprimé sur la situation actuelle
d'Haïti.


LM. C'est la première fois depuis 1804 qu'un ministre français assiste
à la fête nationale de l'Indépendance haïtienne. Com ment peut-on
interpréter ce geste de la part de la France ?


JMB. Un geste hautement symbolique, puisque le choix du 1er janvier
comme fête nationale commémore la proclamation de l'Indépendance et la
fin de la colonisation française. Le moment est venu d'une
appréhension sereine de ces événements, par-delà les polémiques qui ne
peuvent être que stériles. Nous avons compris, nous autres Français,
que la Révolution haïtienne ne s'est pas faite contre la France, mais
contre la France coloniale, au nom même des valeurs de liberté,
d'égalité, de fraternité qui étaient celles de la Révolution française
et des Lumières qui l'inspirèrent. Tel sera le sens de ma présence le
1er janvier au Gonaïves, aux côtés du président Préval et du
gouvernement haïtien.


Ma présence témoignera également de l'espoir et de la conviction, qui
est celle du président Sarkozy et que je partage avec tous les membres
du gouvernement auquel j'appartiens, que la République d'Haïti renoue
aujourd'hui avec son inspiration fondatrice et s'engage résolument
dans la construction d'une démocratie enfin apaisée. J'en suis
convaincu, Haïti est entrée dans une phase nouvelle et dans une
période décisive de sa déjà longue et très riche histoire.


Par ma présence le 1er janvier, j'entends rendre hommage au président
Préval et au gouvernement, qui conduisent une politique d'apaisement;
j'entends rendre hommage à l'ensemble de la classe politique, à la
société civile, aux milieux d'affaires, qui ont choisi d'adopter une
attitude constructive; j'entends rendre hommage à la maturité du
peuple haïtien.


LM. Pourtant, les Français ne savent pas grand-chose d'Haïti. Cela ne
vous paraît-il pas anormal ?


JMB. Ils ne savent pas grand-chose d'Haïti [...] Il y a eu tellement
de temps troublés en Haïti et les Français ont plutôt suivi parfois
avec étonnement, parfois avec tristesse, toutes ces vicissitudes
politiques que vous avez traversées pendant quand même des décennies.
Ceci, à mon avis, explique cela. Je peux donner un autre exemple. Ces
problèmes n'ont pas favorisé le tourisme haïtien. Or, les Français
comme d'ailleurs d'autres pays européens connaissent mieux un pays en
entendant parler lorsque celui-ci s'ouvre au tourisme, même lorsque
eux-mêmes n'y sont pas allés. Il y a un certain nombre de pays de la
Caraïbe, qu'il s'agisse des départements français d'outre-mer ou des
pays de la région, où le tourisme a été possible et dont les Français,
même quand ils n'y sont pas allés eux-mêmes, en ont entendu parler.
Ils ont vu des reportages, des choses qui n'étaient pas que
l'actualité parfois tragique. Les Français ne connaissent pas la
beauté d'Haïti. Ils ne connaissent pas son potentiel touristique
d'accueil qui est d'ailleurs un élément important de son
développement...


LM. Comment la France peut-elle accompagner les efforts des autorités
haïtiennes actuelles pour aider à rehausser l'image du pays à
l'étranger ?


JMB. Votre image, elle dépend de vous. Vous êtes un peuple émancipé
qui aujourd'hui fait des efforts salués par tous. Nous, on ne pourra
que relayer ce que nous voyons, ce que nous entendons [...] Je pense
qu'il s'agirait, si je peux donner un avis extérieur, d'inventer un
<<tourisme de qualité >>. Quand je dis qualité, cela ne veut pas dire
forcément luxe. Évidemment, cela passe par des investissements qu'il
faut favoriser, et là, on peut être à vos côtés. Nous avons en matière
touristique [...] un grand savoir-faire.


LM. Outre votre présence à la cérémonie commémorative de la fête
nationale du 1er janvier, que peut-on attendre de cette visite ?


JMB. Je viens également pour signer avec le gouvernement haïtien un
<<Document cadre de partenariat >>. Ce document est ambitieux. Il
correspond en principe aux attentes du gouvernement haïtien. Nous
avons été à l'écoute, sur place, vient maintenant le temps de l'action
et de la matérialisation de ce dialogue avec le gouvernement. Le DCP
prévoit une enveloppe, à la hausse par rapport aux années passées, de
143 à 168 millions d'euros. Le <<Document cadre de partenariat>> précise
les grandes orientations de notre coopération pour les cinq années à
venir et, afin d'éviter les dangers de la dispersion et d'atteindre
dans les secteurs d'intervention retenus <<un seuil critique>> au-
dessous duquel il n'est pas d'efficacité, il retient un nombre limité
de priorités : aide à la restauration de l'État (avec quatre volets
principaux: déconcentration et décentralisation, police, justice,
parlement), éducation, (français, promotion de la diversité
culturelle), infrastructures ( route, eau, déchets urbains), sans
s'interdire d'explorer de nouvelles problématiques essentielles (la
lutte contre l'immigration clandestine, le codéveloppement) et sans
négliger, bien entendu, les domaines d'excellence traditionnels de
notre coopération (développement, santé, etc.).


LM. Il semble que la France veuille davantage privilégier << La
Coopération décentralisée >> dans ses rapports avec Haïti. Est-ce à
votre avis un axe suffisant pour accompagner ce pays sur la voie du
développement ?


JMB. Non ce n'est pas suffisant, mais c'est un axe complémentaire.
L'ayant pratiquée comme maire de Mulhouse, je connais les
potentialités de la coopération décentralisée. Nos villes,
départements, régions peuvent, si je puis dire, porter la coopération
dans les régions les plus reculées et les plus défavorisées d'Haïti.
La coopération décentralisée peut, plus facilement que l'État, agir
dans la durée. Elle permet de tisser des liens humains irremplaçables
et essentiels au développement, qui est avant tout affaire de
ressources humaines. Elle est une école de la démocratie. C'est
pourquoi je me réjouis de constater que, depuis quelques mois, un
souffle nouveau anime la coopération décentralisée entre la France et
Haïti. Encouragées par l'amélioration de la situation en Haïti, trois
régions importantes s'y engagent (Ile de France, Aquitaine, Loire
Atlantique), mais aussi des communes moyennes (Ambès avec Anse
d'Hainault) ou petites (Saint Lys- 8000 habitants avec Saint-Louis du
Sud), tandis que les villes, départements et régions
traditionnellement actifs en Haïti le sont plus que jamais : les Hauts
de Seine, Suresnes, la Savoie, Nantes, et bien entendu la Guadeloupe
et la Martinique, voire la Guyane.


LM. A contrario, il y a très peu d'entreprises françaises en Haïti ?


JMB. Les entreprises françaises commencent également à tourner de
nouveau leurs regards vers Haïti. Je les y encourage, même si, vous le
savez, l'État ne peut plus intervenir comme il le faisait autrefois
dans la vie des entreprises. Deux de nos plus grandes sociétés, Total
et Air France, qui n'ont jamais quitté Haïti, augmentent leur
activité. Depuis l'été, deux missions d'hommes d'affaires
guadeloupéens et une mission martiniquaise ont été s'informer sur
place. De nombreux projets font l'objet de discussions.


LM. Depuis la visite à Port-au-Prince de votre collègue, la secrétaire
d'État, Rama Yade, on évoque l'éventualité d'une visite du président
Sarkozy en Haïti. Cette question a-t-elle déjà été évoquée avec le
chef de l'État français ?


JMB. Si j'ai des choses à dire làdessus, je les dirai directement au
président Préval


LM. Monsieur le ministre, Haïti reste théoriquement la première
population francophone des Amériques. Cependant, plus d'un estime
qu'elle a un rôle très marginal au sein de l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF). Qu'en pensez-vous ?


JMB. Vous savez, c'est toujours la même histoire. Si pendant quelques
années Haïti confirme la nouvelle direction qu'elle s'est donnée :
paix civile, stabilité, développement [...], elle pourra peu à peu
s'investir dans des instances où elle a plus que son rôle à jouer.
Mais on peut comprendre que, pendant toutes ces années de crises et de
problèmes majeurs, le pays à ce point déstabilisé n'ait pas assuré une
très grande présence dans des instances internationales dont l'OIF au
sein de laquelle il aurait complètement sa place. Le moment est venu
que les choses changent. En tout cas, nous la France, en tant que
membre de l'OIF, c'est ce que nous demandons, c'est ce que nous
souhaitons. Je suis sûr que le secrétaire général de l'OIF, le
président Abdou Diouf, partage ce point de vue.


LM. La France prendra, dès le mois de juillet 2008, la présidence
tournante de l'UE. Il est évident qu'entre autres priorités, l'Afrique
sera au centre des débats. Cette présidence française de l'UE,
Monsieur le ministre, pourra-t-elle avoir un impact positif en faveur
du développement d'Haïti ?


JMB. Franchement oui ! Je vais être amené à animer les politiques de
coopération européenne dans un contexte d'ailleurs où la France
contribue à hauteur de 24 % à la totalité du FED (Fonds européens de
développement). Il est évident que, dans un tel contexte, nous allons
nous intéresser à la gouvernance. Le thème des << Journées européennes
du développement >>, qui se dérouleront en 2008 à Strasbourg, sera la
gouvernance, et notamment la gouvernance locale. Donc, c'est dire que
nous aurons un regard attentif sur les pays qui font les efforts les
plus marquants en matière de gouvernance, et c'est le cas d'Haïti.


Propos recueillis par Abel Descollines (Collaboration spéciale)


LE MATIN du 27 décembre 2007

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